Retour à l’Océan 2026

Recueillies sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique entre septembre 2025 et mai 2026, puis soignées par le Centre d'Études et de Soins pour les Tortues Marines (CESTM) de l’Aquarium La Rochelle, 30 tortues caouannes (Caretta caretta) ont retrouvé l’océan le 3 juillet 2026.

400ème nouveau départ pour le CESTM

À l’image de l’Aquarium, qui célèbre son 25e anniversaire en 2026, le CESTM s’apprêtait lui aussi à franchir un cap symbolique avec le retour à l’océan de la 400e tortue marine prise en charge par le Centre. Cette tortue caouanne (Caretta caretta), baptisée « Rochelle » par les internautes sur les réseaux sociaux de l’Aquarium, avait été retrouvée à la dérive près de Saint-Jean-de-Luz (64), le 30 septembre 2025 par un pêcheur.

Rapidement prise en charge par un membre du Réseau Tortues Marines Atlantique Est (RTMAE), dont le CESTM assure la coordination, elle a pu être transférée dans les plus brefs délais à La Rochelle. À son arrivée à l’Aquarium, l’animal était dénutri, déshydraté et présentait de nombreuses carences.

L’aboutissement d’un travail quotidien

Chaque individu bénéficie en moyenne de quatre à six mois de soins : examens, traitements, alimentation adaptée… autant d’actions nécessitant une attention constante. Durant cette période, chaque tortue suit un protocole de prise en charge personnalisé, adapté à ses pathologies — infections pulmonaires, déshydratation, dénutrition, fractures ou encore occlusions — ainsi qu’à l’évolution de son état de santé.

Leur retour à l’océan constitue l’aboutissement du travail mené tout au long de l’année par le CESTM en faveur de la préservation de ces espèces marines inscrites sur la Liste rouge de l’UICN. Les espèces les plus fréquemment prises en charge par le centre sont la tortue caouanne (Caretta caretta), classée Vulnérable, la tortue de Kemp (Lepidochelys kempii), classée En danger critique, et la tortue verte (Chelonia mydas), classée Préoccupation mineure.

Le saviez-vous ?

Depuis janvier 2026, il est possible de découvrir le tout nouvel espace « Un œil en coulisses » à l’Aquarium. Cette nouvelle étape de la visite met en lumière les activités quotidiennes des biologistes, des techniciens et des soigneurs. Elle valorise également les missions du CESTM ainsi que le parcours de soin d’une tortue marine prise en charge par le Centre.
Entièrement interactif, cet espace vous invite à vous mettre dans la peau des équipes et à participer, vous aussi, aux différentes étapes de sa prise en charge.

Un nom et une puce pour un suivi précis

Au CESTM, chaque tortue se voit attribuer un matricule (ex. : Cc3837) et dispose d’une fiche d’identité complète. Ce matricule commence toujours par les deux premières lettres du nom scientifique de l’espèce. On retrouve ainsi « Cc » pour la tortue caouanne (Caretta caretta), « Cm » pour la tortue verte (Chelonia mydas) ou encore « Lk » pour la tortue de Kemp (Lepidochelys kempii). Les chiffres qui suivent correspondent quant à eux à l’ordre d’enregistrement dans les archives du CESTM.

En 2026, toutes les tortues ayant retrouvé leur milieu naturel avaient un point commun : leur nom commençait par la lettre R. Loin d’être anecdotique, ce choix permet, en cas de nouvelle observation dans le cadre d’un suivi ou d’une étude, de rattacher immédiatement chaque individu à l’année de son retour à l’océan.

Chaque individu est également équipé d’une puce électronique — appelée « PIT tag » en anglais — garantissant une identification rapide en cas de nouvelle observation, où qu’elle soit effectuée dans le monde. Le fonctionnement de cette puce est très similaire à celui utilisé pour les animaux domestiques, tels que les chiens et les chats.

10 individus équipés de balises

À l’occasion de cet événement, 10 tortues ont quitté l’Aquarium La Rochelle équipées d’une balise Argos fixée sur leur dossière (carapace), dont « Rochelle ». Les positions de cette dernière au cours des prochains mois seront partagées sur les réseaux sociaux de l’Aquarium ainsi qu’à la fin de cet article.

Parmi ces 10 balises, 2 sont équipées d’un profondimètre. Ces émetteurs enregistreront la position des individus suivis à chaque remontée en surface pour respirer et — pour ceux équipés d’un profondimètre — fourniront également des informations sur les profondeurs atteintes lors de leurs plongées.

L’ensemble de ces suivis permettra de collecter de précieuses données sur les déplacements de ces tortues, qu’ils soient influencés par les courants marins ou qu’ils résultent de mouvements volontaires.

Lumière sur les « Années perdues »

Les tortues caouannes émergent sur les plages de l’archipel du Cap-Vert et de Floride avant de rejoindre immédiatement l’océan. Les femelles ne retrouveront leur plage natale qu’une fois parvenues à maturité sexuelle, soit 20 à 30 ans plus tard. Entre-temps, ces jeunes individus vivent invisibles au cœur de l’Atlantique. Cette période méconnue de leur vie porte un nom chez les scientifiques : les « lost years » (« années perdues »).

C’est précisément là que réside tout l’intérêt des tortues accueillies par le CESTM : il s’agit de jeunes individus qui viennent s’échouer sur nos côtes. Les équiper de balises permet ainsi de mieux comprendre cette phase de vie encore largement méconnue, caractéristique de ces jeunes tortues et qui se déroule habituellement bien loin de toute observation humaine.

«Ces données permettent de recueillir des informations précieuses sur un stade de vie encore largement méconnu. Elles contribuent ainsi à améliorer nos connaissances, à affiner nos modèles 3D et, à terme, à renforcer la protection de ces espèces»

_ Tony Candela, Doctorant, Océanographe et modélisateur d’écosystèmes marins.

Un travail d’étude au fil des ans

Depuis 2008, l’Aquarium La Rochelle a réalisé ou mis en place 79 suivis de tortues marines dont 73 sur des tortues caouanne, 4 sur des tortues de Kemp et 2 sur des tortues vertes. L’analyse de ces nombreuses données contribue directement à l’amélioration des connaissances sur ces espèces vulnérables, notamment durant leurs premiers stades de vie, et a permis d’obtenir des résultats inédits en 2026.

Deux publications scientifiques en 2026

En avril 2026, le CESTM, représenté par Florence Dell’Amico et Tony Candela, a co-signé deux articles scientifiques majeurs, accessibles et téléchargeables sur le site internet de l’Aquarium. Le premier, publié dans Scientific Reports, révèle, grâce aux données issues des balises de suivi, que les jeunes tortues plongent de plus en plus profondément au fil de leur croissance, optimisant ainsi leur recherche de nourriture. Le second, paru dans Movement Ecology, présente le premier modèle d’habitat des jeunes tortues caouannes à l’échelle de l’Atlantique et confirme que les côtes européennes constituent des zones essentielles lors de leurs migrations saisonnières.

Le suivi de ces 10 nouvelles tortues permettra d’affiner ces modélisations, indispensables à la réduction des risques de captures accidentelles. L’objectif est de mieux comprendre la répartition de ces jeunes individus afin d’anticiper leur présence et de mettre en œuvre des mesures de protection adaptées.

Il est possible de consulter et de télécharger ces publications scientifiques directement sur le site internet de l’Aquarium :

  • 2026. Candela, T., Gaspar, P., Bailey, H. et al.
  • 2026. Bartolini M., Hazen E.L., Parra H. et al.

Publications scientifiques du CESTM

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